De mémoire d’un quadra, c’est la première fois que le social et le politique se trouvent en totale ébullition à Madagascar, à l’approche de la dernière semaine de l’année. Même en 2008, au démarrage de cette fameuse crise interminable, un semblant de trêve existait.
Il est indéniable que la Nation touche le fond avec cette affaire Magistrature vs Police Nationale. Ce sont les fondements même de l’ordre républicain qui sont touchés de plein fouet. L’Etat est au pinacle …du déshonneur !
Devrait-on s’en étonner, outre mesure ? Si certains imputent la situation actuelle comme étant du fait de la seule HAT, et bien qu’en toute objectivité, ce sont effectivement ceux « qui s’estiment » détenir le pouvoir actuellement qui sont et doivent rester les Premiers responsables de la situation présente, il apparaît que cette déliquescence actuelle de l’Etat n’est que le fruit (pourri, précisons-le !) de la déconfiture, depuis des décennies, des institutions qui se voulaient « républicaines ».
En effet, c’est l’institution judiciaire qui a créé au fil des années des monstres qui sont devenus quasi incontrôlables. Comme un inventeur fou, elle a « laissé échappé » ou « laissé faire » de véritables acteurs sociaux néfastes, de véritables zombies au sein de notre Société. Devenues mutants et hybrides, ils sont capables à eux-mêmes de faire régner leur propre ordre à eux, leurs propres lois !
Si tant est que la Justice Malagasy ait préservé le minimum sur la sacralité de ses missions et sur son rôle premier dans la vie de la Nation, nous n’en serions certainement pas là !
Le Ministère Public n’a gardé que son nom et d’une manière générale, a perdu son âme. Il a dérivé de ses missions premières de défendre l’Intérêt de la Collectivité et d’oeuvrer pour une noble application de la Loi. Cette dernière a fini par être appliquée d’une manière quasi aveugle aux faibles, alors que les forts sont devenus des « immunisés » et des « amnistiables éternels». La notion de justiciable a perdu tout son sens, et bien que la Justice des hommes soit imparfaite, la Société sur laquelle elle aurait dû agir positivement a fini par perdre confiance en elle !
Si tel n’était pas le cas, comment se fait-il que la Justice n’ait jamais élucidé dans les règles de l’art, et en toute sérénité et transparence, de grands dossiers liés à des assassinats, ou des accidents « provoqués » ou des grands détournements de fonds publics dans ce Pays ?
Si la Justice a joué son rôle, comment se fait-il qu’aucun haut dirigeant de ce Pays n’ait été traduit devant une Cour adaptée et légale, et ce dans un procès équitable ? Alors que ce Pays croupit dans une misère honteuse et incommensurable ? Ce sont les « renversés » qui passaient par Contumace devant une pseudo juridiction, avec dans la plupart du temps des dossiers montés de toutes pièces, sans préservation ni de la présomption d’innocence ni même du droit à la défense.
Si les politiques s’égosillent actuellement pour instaurer l’amnistie sans daigner respecter les Lois, si des « non élus » peuvent s’arroger le droit d’effacer une Loi Fondamentale d’un coup de stylo à bille apposé sur une feuille de route, et que Dame Justice regarde faire, préfère rire sous… robe, ou pire, exige quelquefois une contrepartie rémunérée de son silence, il est normal que l’Etat s’achemine vers sa disparition, à vue d’œil et malheureusement à très court terme. Si rien n’est fait!
Si la Justice arrive à jouer un jeu dangereux en avalisant une double prestation de serment présidentiel et si une Haute Cour devient le bras judiciaire d’une « basse-cour » de véreux et de ripoux, prompts à détourner la voix du Peuple, si ce qui devrait être une Autorité ne s’embarrasse pas de dire tout et son contraire en l’espace de quelques semaines si ce n’est quelques jours, y a-t-il un rempart, même un dernier, pour sauver la Nation ?
Ces manquements quasi historiques, qui seront jugés d’ailleurs par l’Histoire avec Grand H de Madagascar, ne justifient en rien à ce qu’on violente, jusqu’à ce que mort s’en suive, qui que ce soit membre de l’Institution Judiciaire. Ni celui d’une quelconque autre d’ailleurs !
Mais ô rage, ô désespoir, les alertes n’ont-elles pas été nombreuses, sans qu’on n’y prête réflexion profonde et sans qu’on ait agi ? Mutineries répétées, Crises répétées, Déliquescence de la Conscience Citoyenne, Dégradation visible et palpable et indiscipline généralisée au sein de la Cité, évolution galopante de l’insécurité,… et j’en passe.
C’est bien beau de claironner à l’heure actuelle l’existence d’une limite de la garde à vue à 48 heures et de son importance !
C’est bien beau de hurler que le rétablissement du fonctionnement de l’Institution Judiciaire est impératif pour la sauvegarde des intérêts « supérieurs » de la Nation !
C’est même ahurissant d’entendre des gendarmes dire qu’ils auraient maintenant une peur… bleue d’être attaqués en justice pour détention arbitraire !
Mais c’est comme si on danse encore une fois sur le parvis de cette fameuse amnésie de la population, tant ces fondements et principes ont été galvaudés et foulés aux pieds, depuis des décennies ! Il faut arrêter le cinéma les gars, « The artist » est un film muet. Et si c’est un épisode des tuniques bleues que vous êtes en train de jouer là, ce n’est pas rigolo du tout !
L’Institution Judiciaire a mal. Cela relève d’une humanité indéniable et ne pas la comprendre vaut outrage ! Mais plus que les condoléances d’usage, ce Magistrat tué dans l’exercice de ses fonctions constitue le summum quant à l’irréfutabilité de la preuve d’une nécessité de nous remettre en cause, du devoir de tout Citoyen de n’importe quel rang, de n’importe quelle origine, de n’importe quel « corps » (grand, malade, ou sain !), ce envers ce Pays : un examen de Conscience et une prise de Décision individuelle, irrévocable et définitive pour le « Plus jamais ça ! ». Il est temps de choisir : Paix des brutes, ou Combat des Braves ?
Sans cela, déjà que tout est « bôjo » comme le dit un certain Môsieur des « AS », Madagascar serait-il donc devenu un « bodzooland » avec comme armoirie un serpent qui se mord… la queue ?